J’irai dormir… sur la Muraille de Chine!

Il est environ 11h00 lorsque nous arrivons à Huanghuacheng. Elle se dresse devant nous, la simple vue de la muraille est époustouflante! Tracée dans la montagne, elle s’élance par dessus d’abruptes reliefs pour s’évader derrière des sommets qui prendraient des journées à escalader!

Pour ce trek, je suis accompagné de Gérard, un Néerlandais que j’ai rencontré la veille et à qui j’ai proposé à tout hasard de se joindre à moi pour aller dormir sur la muraille de Chine plutôt que de prendre un tour organisé!  D’abord hésitant, il ne lui aura fallu que quelques minutes pour prendre sa décision: relever le « défi »! D’autant plus confortable pour lui puisque tout était déjà organisé! Quel bus prendre, où démarrer, le trek, le matériel à prévoir…
De mon côté, je suis ravi d’avoir un coéquipier pour l’épreuve, si je ne suis pas particulièrement inquiet pour ce trek, c’est surtout beaucoup plus marrant à deux, on rit des galères et on se motive mutuellement!

Nous aurions dû arriver bien plus tôt mais alors que nous étions dans le bus pour Hairou où un changement est nécessaire pour rejoindre cette partie du mur, un jeune chinois qui souhaitait nous aider nous a induit en erreur en nous indiquant de descendre à la mauvaise station pensant que nous voulions nous rendre sur une partie de la muraille bien plus touristique.
L
e temps de retrouver notre chemin, nous avons erré deux heures à Hairou avant de trouver le second bus qui nous déposera au pied du mur, aidé par un autre Chinois au visage lumineux, plus âgé et parlant un très bon anglais et nous confira avoir appris seul! Résultat, lorsque nous arrivons, le puissant soleil d’Août est déjà au rendez-vous et l’escalade de la muraille va se faire en plein cagnard.

La première surprise, c’est qu’il n’y a pas d’accès « prévu » pour monter sur la muraille, pas d’entrée principale! Le seul moyen de se rendre sur celle-ci est de passer par le jardin ou la propriété  des habitants alentours et de trouver un escalier d’origine ou une échelle mise en place par l’un des habitants!
En traversant deux jardins avant de trouver l’entrée, il nous aura fallu payer 4¥ en tout pour grimper sur la muraille! Ajoutons à cela les 20¥ que nous a couté le trajet en bus et nous voila sur la muraille pour 3€ environ trajet compris! Loin des dizaines d’Euros réclamés par les tours! Une bonne affaire donc,  malgré que certains des locaux qui vous demandent de l’argent soient on ne peut plus désagréables! 

La première partie de la muraille a été retapée, et bien qu’abrupte, atteindre les premières tours et les premiers « sommets » se fait sans grande difficulté. C’est après une petite heure  et demi de marche sur la muraille que nous arrivons au « point de demi-tour » un escalier vertigineux et en très mauvais état se trouve devant nous, les quelques touristes chinois présents rebroussent généralement chemin en arrivant ici, les plus téméraires s’y aventurent et rejoignent une petite route en contrebas qui vous permet de retourner sans vous fatiguer vers la route principale. Celle ci est méchamment gardée par un « fermier » chinois entouré de deux gros chien, qui font payer 40¥ le passage. Si vous ne  voulez pas payer il vous faudra repasser par l’épuisante ascension de l’escalier puis marcher une heure et demi sur la muraille, tout en dénivelé évidemment!
 Mais nous ne prêtons pas attention à eux puisque nous, nous souhaitons continuer SUR la Muraille!

Nous traversons la petite route, et sommes obligés de descendre du mur pour avancer celui-ci étant en trop mauvais état sur une centaines de mètres! C’est donc à travers la forêt que nous longeons le mur jusqu’à la tour suivante.

Un peu d’histoire maintenant, la Muraille a été bâtie en 220 avant JC, sur ordre de l’empereur Ming « Qin Shi Huang », pour protéger le royaume des envahisseurs nomades venus de Mongolie.  Il est donc logiquement  possible de trouver des escaliers pour rejoindre ou quitter la muraille du côté anciennement Ming, mais évidemment il n’en est rien du côté anciennement Mongole…
 Nous faisons ce constat lorsque nous arrivons à la deuxième tour… côté ennemi!

Il va nous falloir escalader. Heureusement, un trou béant dans le mur de celle-ci nous offre un beau point d’accès… à 3 mètre de haut. On empile des briques tombées du mur au cours du temps, on grimpe sur cet escabeau de fortune, stable comme pas deux, et en longeant la petite corniche naturelle il nous est possible de remonter sur le mur hissant après coup les sacs à l’aide d’une corde, indispensable pour ce trek.

Nous y voila, nous marchons maintenant sur un morceau d’histoire venu tout droit du fond des temps. Les pierres que nous foulons sont ici depuis 2200 ans. La Muraille est l’un de ces lieux, l’un de ces endroits où la puissance des anciennes civilisations vous transperce, sous nos pieds, défilent des pierres millénaires dont la taille nous nous laisse interrogatifs quand aux moyens déployés pour réaliser cet édifice.
 Sous nos pieds défile l’histoire et sous nos yeux c’est l’incroyable décors qui se meut , lentement, au gré de nos pas, incertains, le long des bordures du mur à 5 ou 6 mètre de haut, marchant sur des pierres qui ne tiennent plus tout à fait, ou à travers la « forêt » présente sur celui-ci. Plus on avance, plus on prend de la hauteur et plus la muraille nous apparait sous un angle qui la magnifie.

Sous un soleil de plomb nous escaladons la muraille plus que nous « marchons » dessus, nous multiplions les poses, assoiffés, et nos réserves d’eau s’épuisent trop rapidement. Nous transportons 5L d’eau chacun mais il nous apparait alors que la logique du lieu préfèrerait une ascension à la fraiche, de bon matin et du repos aux heures les plus chaudes. Qu’importe nous continuons mais l’idée de rejoindre la prochaine ville en passant par la muraille semble compromise. Nous n’avons aucune carte et en raison du relief et des obstacles nous avançons à moins d’un km heure. On ne fera peut être que 3 km la première journée, mais encore faut-il voir les kilomètres en question.

Vers 18h00, nous atteignons une tour de garde en relatif bon état, proche du sommet de la première montagne, dans laquelle il nous est possible de passer la nuit. Nous établissons rapidement le camp et nous descendons de la muraille à tour de rôle chercher du bois pour le feu que l’on hisse à l’aide de la corde pour simplifier l’opération!

Alors que le soleil décline on se lance à l’assaut d’une partie du mur complètement détruite et dangereuse pour admirer le coucher de soleil du sommet de la montagne où l’on se trouve, qui n’est qu’à une centaine de mètres de notre « hôtel », tout en dénivelé…

Les couleurs pastelles s’affrontent dans un ciel orangé clairsemé de nuages qui s’effacent devant la puissance d’un agressif bleu nuit au dessus des vallées verdoyantes scindées par l’histoire. C’est l’un des coucher de soleil les plus beau qu’il m’ait été donnée de voir. Si la fatigue et le chemin accompli pour y assister y sont pour quelque chose, c’est l’impression de liberté qu’offre la profondeur de champ de la vallée et le bruit de la forêt qui le sublime.

Contemplatifs, il nous faudra tout de même faire attention à rejoindre la tour avant la nuit, car une descente nocturne serait suicidaire!
L’escalade nécessaire pour atteindre le sommet n’est pas difficile mais très risquée, les pierres peuvent se dérober à tout instant, il faut donc bien choisir ses prises. Si monter est déjà un accomplissement en soit, redescendre sans aucune assurance est bien plus difficile. Première expérience d’Escalade pour Gérard et par des moindres. Bien que peu à l’aise, il ne recule pas devant la difficulté, ce gars a l’aventure dans le sang et cette expérience ne fait que le lui révéler!

Comme nous n’avons pas beaucoup de bois pour cuisiner, je fabrique un « Hobo stove » de fortune avec les moyens du bord. Normalement fait dans une cannette en acier, ce système permet de faire cuire ce que l’on veut en consommant un minimum de carburant. Ainsi de simples branchettes vous permettent de faire bouillir un litre d’eau où cuire du riz façon pilaf. Pour les bricoleurs curieux, voici comment réaliser un vrai Hobo stove, une fois que vous avez compris le principe il est possible d’en faire un avec les moyens du bord, bien que moins efficient cela reste efficace!

Voila ma version, moins fashion, mais qui nous permet de manger en utilisant environ 5% du bois ramassé. On a donc pu se faire un feu de camp après manger, en plus d’un thé! 

La nuit tombe, nous sommes loin de toute forte pollution lumineuse hormis un petit village rien n’émet de lumière quel que soit le côté de la tour où l’on regarde. Les étoiles par milliers offrent un spectacle indescriptible, tel un drap scintillant qui s’élève au dessus des masses montagneuses plus sombre que la nuit, qui tranchent le décors. Dans l’obscure clarté qu’elles nous envoient, nous apprécions le tableau en silence durant de longues minutes, assis sur le crénelage qui borde la muraille.   

En me couchant, je jette un œil aux briques au dessus de ma tête, la voute qui nous surplombe à beaucoup souffert au court des temps et les briques ont commencé à tomber. Plus qu’à espérer qu’on ne s’en prendra pas une sur le crâne en dormant, nous n’avons aucun moyen d’appeler des secours avec nous, et il est impossible de quitter la muraille de nuit…

Au petit matin le levé de nous demontre qu’il n’a rien a envier au crépuscule. Le paysage offre une fois de plus une raison a tous les sacrifices que demande le voyage, a toute fatigue latente.

La nuit est passée, et au petit matin après un petit déj de luxe préparé avec les restes du bois, le constat est clair, il nous reste moins de deux litres d’eau chacun. J’interroge Gérard sur sa motivation pour continuer. Pour ma part je ne m’inquiète pas de grand chose en trek si ce n’est de l’eau justement! Je bois beaucoup et je n’aime pas en manquer (Souvenir, souvenir! Yogo si tu passes par là!). Gérard me laisse entendre qu’il n’est pas motivé pour ré-escalader le « mur » abrupte qui permet d’atteindre le sommet et que le manque d’eau le gène aussi.
Nous décidons de rebrousser chemin. Avant quoi j’irai tout de même jeter un œil derrière les rochers en remontant seul au sommet, mais la muraille s’élance à travers un col dépourvu de signe de vie, et de tout point d’eau, puis disparait… 

Descendre se révèle aussi pénible que monter, heureusement pratiquement à sec, les sacs sont plus faciles à supporter! Il nous reste encore deux heures et demi de marche lorsque nous terminons définitivement nos réserves d’eau! 

En arrivant sur la petite route payante on ne réfléchit pas longtemps, hors de question de payer 40 ¥ pour se simplifier la vie! Nous choisissons de passer par la muraille pour rejoindre la route principale. L’escalade est difficile, assoiffés, nous nous arrêtons de temps en temps à l’ombre pour profiter d’un peu de fraicheur! Lorsque nous atteignons la tour par laquelle nous étions entré sur la muraille, nous décidons de continuer pour éviter de repasser par les jardins payants.
Mauvaise idée, la muraille suis son cours jusqu’à s’interrompre devant un large fleuve et le barrage qui le retient. Aucun moyen de descendre en sécurité, tant pis, nous retirons les sacs et quittons le murs en sautant par dessus les crénelages pour atterrir dans la forêt là où la hauteur le permet et en nous aidant de la corde d’escalade qui nous aura été plus qu’utile durant se trek. Nous marchons ensuite dans les ronces et les sous bois jusqu’à rejoindre l’hôtel par lequel nous étions entré sauf que nous arrivons cette fois-ci par les toits des bungalows construits en contrebas de la vallée, à même la roche…  On saute rapidement, et en quittant le lieux nous apercevons le propriétaire qui nous regarde nous en aller méduser de ne pas nous avoir infligé sa taxe. On est pas à 2¥ près mais sa mauvaise humeur ne mérite pas de sympathie particulière!

Après s’être rué sur le frigo à boisson du premier restaurant croisé, soif étanchée, je propose à Gérard de rentré en Stop, n’ayant jamais essayé, il accepte une fois de plus et arrêtera son premier véhicule en moins de 20 minutes alors qu’une chinoise sortie de son restaurant nous rabâchait que cela ne marcherait jamais!  Nos aimables conducteurs nous déposerons directement dans Pékin.

Elias Écrit par :

7 commentaires

  1. Le manouche
    juin 19
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    Salut,

    Merci pour le partage du blog. De retour de la muraille, je donne quelques informations de plus sur ce tronçon de muraille à mon tour. J’ai marché et dormi entre huanghuacheng et xishuiyu, le tout est assez périlleux, et prend entre 4 et 5 heures en prenant son temps. Un petit passage d’escalade dans le vide à noter.
    A partir de Xishuiyu, la muraille devient payante pour continuer à l’Ouest. Pas besoin de corde pour le tronçon que j’ai fait.
    Par contre pour se rendre sur place, cela peut prendre du temps, 5h pour moi depuis Pékin. Il faut aller à la station de metro de Dongzimen et prendre le bus 916 jusqu’à Huairou. Attention il y a un bus express et un très lent.
    Pour ma part j’ai pris le bus lent, n’ayant pas trouvé l’express, et il faut s’arrêter à la station: Nanhuayuansanqu. Puis marcher 100m, traverser au feu et tourner à droite. Il faut attendre le bus devant les toilettes publiques, au niveau de la route principale. Il n’y a pas d’arrêt de bus à proprement parlé. Se faire écrire Huanghuacheng en mandarin s’avère vital, et le montrer à tous les bus qui passent, car il n’y a pas de numéro de bus, seulement écrit en chinois.

    Bon voyage à ceux qui s’élanceront dans cette aventure, ça vaut vraiment le détour, pas un touriste en vu, et une muraille magnifique à arpenter, dans un décor magique.

    ps: vous étiez partis vers l’Est ? J’ai du mal à situer les photos à vrai dire.

  2. Stéphanie Calado
    septembre 5
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    Que de souvenirs tu viens de mettre en tête, moi qui y suis allée également…. Un voyage merveilleux que tu as fait là !! Je suppose que tu aurais aimé pourvoir prolonger en core et encore ton périple.
    En tout cas, bon retour en France et hâte de voir tes photos.
    Salut

  3. août 25
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    J’ai eu comme une impression de déjà lu 🙂
    Je prends toujours autant de plaisir à te lire. C’est très agréable à lire.
    Alors, une traversée de la méditerranée?

    • août 25
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      Hé oui, tu as cette capacité à ne pas prendre de retard, ce qui nous oblige à nous recroiser lors des récits même si cela fait un ans maintenant que nos chemins se sont séparés à Bichkek. Je dois avouer que j’ai une petite pointe de regrets car tu as réussi à entrer en Mongolie et qu’avec le recul, je pense que j’aurais du t’y suivre, mais tant pis. Ce n’est que partie remise 😉
      J’attends les MaJ de ton site moi aussi!
      A une prochaine

  4. bultex
    août 21
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    Quel beau voyage!

  5. Nadine et Sarafina
    août 5
    Répondre

    Et voilà c’est reparti …. j’étais presque avec vous sur la muraille . Bon d’accord j’ai bien dit « presque ». Super flashback …..et encore une fois on attend les autres avec impatience.
    Bises de bien plus près …… nadine et sarafina

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